Le pélerinage de la Sainte Ceinture de la Vierge

et la collégiale du Puy Notre Dame

Cette grande manifestation religieuse a toujours été titrée sous ce vocable "Pélerinage de la Sainte Ceinture" en raison de la relique qui a été une des causes de la construction de la collégiale, titre lié à la création du chapître par Louis XI.

J'ai retrouvé les textes l'Abbé Tusseau,ancien curé du Puy Notre Dame, parus dans divers almanachs paroissiaux de 1912 et 1913.

Je les ai retranscrit littéralement. Nos archives paroissiales nous ont transmis le témoignage authentique de la profonde vénération que nos ancêtres avaient pour la Sainte Ceinture. Nous savons que les miséricordes sans nombre de Marie dans son sanctuaire privilégié du Puy Notre Dame, excitaient la ferveur des fidèles et les engageaient à venir dans ce lieu béni solliciter ses faveurs maternelles.

Les seigneurs et les princes avaient suivi l’exemple et l’entraînement de la foule ; aussi la renommée des bienfaits obtenus par attouchement de la sainte relique s’était répandue jusqu’à la Cour du roi de France. Louis XIII et Anne d’Autriche, après vingt trois ans d’union stérile, avaient eu recours à l’intercession de la Reine du ciel ; ils avaient fait apporter la sainte Ceinture à Saint Germain en Laye, où résidait Anne d’Autriche, qui, après avoir revêtu deux fois ce glorieux palladium, donnait heureusement naissance à Louis XIV. Le roi et la reine ne voulurent pas renvoyer sans récompense les deux chanoines qui avaient apporté la sainte Ceinture ; leur voyage fut largement rémunéré ; ils obtinrent des lettres-patentes leur conférant le titre d’aumôniers de la reine ; et le roi accorda pour le Puy Notre Dame l’exemption de l’impôt de guerre.

Enfin, deux mois après leur retour, les chanoines recevaient de la part du roi une magnifique châsse en argent vermeil, destinée à garder perpétuellement la Ceinture de la Vierge.

Quelques années plus tard, en 1642, Anne d’Autriche vint visiter la ville de Saumur, accompagnée du jeune dauphin. Le Chapître du Puy Notre Dame députa vers "Leurs Majestés" plusieurs chanoines pour les complimenter. Pendant le discours académique prononcé au cours de la réception officielle, la reine, jetant des regards distraits sur la foule qui l’entourait, reconnut le chanoine de Saint-Christophe, Antoine Gourdault, un de ceux qui lui avait apporté la sainte Ceinture ; elle fit interrompre la harangue, et présentant le jeune roi, au bon chanoine :

 « Messire de Saint-Christophe, voici un des fruits de votre Ceinture. »

Cet enfant devait être plus tard Louis XIV , couvrir la France de gloire et donner son nom à son siècle. Après de si beaux et si glorieux hommages, qu’il semble qu’on ne puisse rien désirer de plus pour l’honneur de la sainte relique, celle-ci fut entourée plus que jamais du respect et de la vénération non seulement des habitants de la paroisse, mais des fidèles de tous les environs.

L’église du Puy Notre Dame devint, aux yeux des populations chrétiennes du Saumurois, comme l’arche sainte renfermant l’objet de leur dévotion et de leur amour ; les affligés la regardaient comme un lieu de refuge où ils aimaient à venir prier dans toutes leurs peines et les difficultés de la vie. On exposait chaque jour la sainte relique sur l’autel ou la faisait biser aux fidèles, et, tandis que pour les offices ordinaires de la paroisse on ne brûlait que de la cire jaune, deux beaux cierges de cire blanche servaient à l’accompagner chaque fois qu’on la portait de la sacristie à l’église et de l’église à la sacristie. Les offices étaient célébrés avec toute la splendeur et la pompe imaginables. Aujourd’hui, nous ne pouvons guère nous rendre compte de ces beaux offices où, à la majesté du chant, à la splendeur des cérémonies, s’ajoutaient l’éclat des en-voto, la richesse des ornements, le rayonnement de l’or et de l’argent.

Pendant plusieurs siècles, ce fut dans l’église du Puy, en l’honneur de la Sainte Vierge, un concert de louanges ininterrompu jusqu’à la tourmente révolutionnaire. Aux jours de fête, un calice et un ciboire du plus grand prix servaient à la messe. Les mêmes jours, ou le riche reliquaire offert par Louis XIII dont nous avons parlé plus haut, on voyait devant la Ceinture, sur des tables en argent, la statue en pied du roi Louis XI, revêtu des insignes de la royauté ; les bustes des trois princes, ses enfants ; un grand modèle de la Sainte Chapelle de Paris, tout cela en argent massif, et de plus une poule en or, de grandeur naturelle, avec douze poussins de même métal, emblème de Notre Seigneur et de ses apôtres.

Les dignitaires du prieuré, le chapitre, les chapelains et la maîtrise se joignaient au clergé paroissial pour chanter l’office en musique. Au milieu des vapeurs parfumées de l’encens, les voix fraîches et enfantines de la psallette alternaient avec les voix graves des chantres du chapitre, pendant que le grand orgue, jetant tout à coup sous les voûtes sonores ses grandes et mâles harmonies, portait jusqu’au trône de Dieu les hommages de tous les fidèles. Cet orgue était placé au dessus de la grande porte, dans un immense jubé qui tenait toute la largeur de l’église

On y montait par l’escalier du petit clocher, aujourd’hui encore existant. Le 6 octobre 1827, le prieur du Puy dom Valentin Pellion, fit marché, à Poitiers, avec Jean Oury, facteur d’orgues, pour la somme de 2700 livres. Il écrivit en même temps à Charles Blondé, procureur de la Fabrique, pour proposer à l’assemblée des conclaves un organiste nommé Jean Chauvet, prêtre, pour toucher l’orgue, quand il serait posé.

Et le dimanche 17 octobre, sur les onze heures du matin, à l’issue de grand’messe, en présence de Maîtres Michel Fardeau, curé du Puy, Antoine Bienvenu, Maurice Garnier, Jacques Quétineau, chanoines, et d’un grand nombre des principaux habitants de la paroisse, le sieur Chauvet accepta la place d’organiste, promit et s’engagea de jouer des dites orgues, après qu’elles seront posées et mises dans l’église, tant aux matines des fêtes solennelles, grand’messes et vêpres, qu’aux jours de dimanches et fêtes de chaque année, et encore aux vêpres des vigilles tant des dimanches que fêtes chômables et s’acquitter du tout bien et fidèlement et à perpétuité. Ce fait pour la somme de cent vingt livres tournois, aux charges néanmoins et protestations faites par les habitants qu’au cas que ledit Chauvet ne fut pas capable de son art, de le destituer et mettre hors de sa charge toutes fois et quantes que bon leur semblera La galerie, les colonnes et le plancher destinés destinés à soutenir le buffet d’orgue furent construits par Amelot et Simon Ecot, menuisiers à Poitiers ; ils coûtèrent 641 livres. Le plan en fût dressé par le facteur Ourry, en présence de Me Baillargeau, notaire au Puy, qui rédigea l’acte du marché. Ce fût dans cette même année, 28 mai 1628, que le comptable de la Fabrique alloua une somme de 95 livres à Jacques Malécot, blanchisseur, pour avoir blanchi les trois premières voûtes et les deux premiers piliers de l’église. Cet horrible badigeon, dont il reste encore malheureusement des traces sur quelques chapiteaux, fût enlevé, en 1851, au moment de la restauration des colonnes. Les fêtes liturgiques, en particulier celles de la Sainte Vierge, se célébraient donc au Puy avec une solennité que facilitaient les grandes richesses de l’église et le nombreux clergé établi par Louis XI. Tous les ans ont faisait venir quelques religieux pour annoncer la parole de Dieu aux populations de l’Anjou et du Poitou qui s’y rendaient en foule, principalement à la fête de la Sainte Ceinture, le 31 août, aux quarante heures qui avaient lieu à l’Assomption, pendant l’Avent et le Carême. En l’année 1654, les habitants du Puy furent témoins d’une espèce de prodige, qu’on aurait peine à croire s’il n’était expressément relaté dans les archives de la Fabrique.

Un petit prédicateur de 7 à 8 ans se fit entendre, pendant 5 jours, dans l’église du Puy, à la grande satisfaction du clergé et du peuple. Cet enfant, dont on regrette de ne pas connaître le nom, était accompagné de son père et d’un serviteur. Le trésorier de la Fabrique paya 14 livres au sieur Charles Falloux, hôte du Lyon d’Or, pour la dépense qu’ils firent en sa maison pendant leur séjour au Puy. L’ardeur et le zèle des fidèles pour assister aux processions n’étaient pas moindres que pour entendre la parole de Dieu. Chaque année, le jour de la Saint Louis, le 25 août, la paroisse faisait une procession et célébrait un service pour le repos de l’âme de Louis XI .

C’était un acte de reconnaissance envers ce généreux bienfaiteur, à cause de tout ce qu’il avait fait en faveur du Puy.

Tous les ans à la Sainte Eutrope, le 30 avril, on allait en procession à la chapelle du Rozay, sur la paroisse du Vaudelnay. Le mardi de la Pentecôte, on allait à l’Abbaye d’Asnières. Le vendredi devant le dimanche des Rameaux, il avait procession à Notre Dame de Pitié ; c’était une chapelle érigée en l’honneur de Notre Dame des Sept Douleurs au milieu du carrefour de la Paleine.

Ruinée et saccagée par l’impiété révolutionnaire de 1793, elle fut reconstruite lorsque Napoléon 1er rendit la paix à l’Église de France ; mais elle ne devait pas subsister longtemps.

En 1833, Mr Leroy, maire du Puy Notre Dame, présenta au Conseil municipal une pétition dans laquelle les officiers de la Garde Nationale demandaient qu’on fit démolir la chapelle, arracher les arbres et niveler la place, afin d’y pouvoir réunir la Garde Nationale pour les revues et les exercices militaires, ce qui fut arrêté et exécuté.

Il y avait encore sur la place de la Paleine un beau calvaire avec croix de mission. La croix fut profané et abattue pendant la révolution de 1793 et sa base disparut en même temps que la chapelle, en 1833. Les processions des Rogations se rendaient ordinairement aux églises des paroisses voisines : à Saint Martin de Sanzais, à Saint Pierre de Bagneux, à la chapelle de Baugé, à Notre Dame de la Prée en Brignon, à Ferrières, à Saint Pierre du Vaudelnay, à Saint Hilaire de Rillé. Il y avait en outre des processions extraordinaires à des distances effrayantes pour la tiédeur et la mollesse de nos jours. Au mois de novembre 1668, un grand nombre d’habitants du Puy se rendent processionnellement aux Ulmes de Saint Florent, en suite du miracle de l’apparition de Notre Seigneur au Saint Sacrement de l’autel. Le comptable de la Fabrique alloue aux porteurs de croix, bannière, eschilettes, etc, qui assistent à cette procession, 7 livres 15 sols pour leur dépense. Citons, pour mémoire, une procession de la paroisse du Puy Notre Dame aux Ardilliers de Saumur en 1612 ; une autre à Saint Martin de Candes, le 23 juin 1613; une à Notre Dame de Recouvrance ; une à Notre Dame des Gardes, près de Cholet, en 1625 ; une, à Saint Pierre de Saumur, en 1678, à l’occasion de la canonisation Saint Pierre d’Alcantara ; une à Notre Dame de Liesse à Fontevrault, en 1595 etc...

Le bien-être qui nous procure aujourd’hui tant de confortable, la facilité avec laquelle nous voyageons en voiture, en chemin de fer, et même en auto, nous ont fait perdre l’habitude de la marche à pied, et nous regardons comme un tour de force ce qui n’était qu’un jeu pour nos pères. De plus, leur foi agissante était pour eux un stimulant qui n’a plus d’efficacité dans nos âmes tièdes et languissantes ; et notre nature indifférente à tout ce qui est de la religion éprouve un frémissement à la seule pensée d’un pareil voyage accompli à pied, le chapelet à la main. Nous admirons ces chrétiens de vieille roche, mais nous ne voulons pas les imiter. Sans doute, nous n’avons pas renoncer à l’espoir d’aller les rejoindre au ciel, mais nous voulons nous y rendre dans la voie large et facile des plaisirs et des jouissances, et non dans le sentier rude et étroit de la pénitence et de la privation ; chaque jour, nous mourons en riant parce que nous ne comprenons plus la parole de Notre Seigneur : le royaume du ciel ne se prend que par la violence c’est à dire la mortification, la pénitence. Cette ferveur dont les habitants du Puy donnaient autour d’eux un si bel exemple, les populations des environs la partageaient avec eux. La Revue du Maine et de l’Anjou nous apprend que, le 31 août de chaque année, se célébrait dans l’église du Puy Notre Dame la fête de la Sainte Ceinture. Ce jour là, toutes les richesses du Trésor paraient les autels de la basilique ; les maisons à plus d’une lieue à la ronde étaient pleines de voyageurs accourus de toute part pour assister à cette belle solennité. Les champs environnant le Puy ressemblaient à un vaste camp rempli de pèlerins, qui, tous, ne s’éloignaient jamais sans avoir baisé la précieuse relique ; ils lui faisaient toucher des chapelets, des croix, des médailles, des rubans, des galons ; et toujours, le lendemain de la fête, le Chapitre avait à enregistrer quelque nouveau miracle opéré par l’attouchement de la Sainte Ceinture. Cette vénération que l’on avait dans tout le pays pour notre relique insigne se manifestait encore à distance par des signes extérieurs. Rien de plus beau et de plus glorieux pour notre église, que cet hommage public de toutes les paroisses environnantes rivalisant entre elles de foi et de ferveur, et formant autour d’elles comme une ceinture, une couronne de confiance et d’amour ; dans leurs processions, prêtres et fidèles s’inclinaient avec respect vers le sanctuaire de la Sainte Ceinture, ils se signaient à sa vue et s’arrêtaient pour saluer la Bonne Dame du Puy en chantant le Salve Regina. Du plus loin que les pieux pèlerins apercevaient la ville de Marie, construite sur une éminence, et la flèche de l’église qui faisait sa gloire, ils se jetaient à genoux et récitaient la Salutation angélique. C’était également passé en usage parmi les habitants de la paroisse, et j’ai connu des vieillards qui se rappelaient encore l’avoir vu pratiquer communément dans leur enfance. Dans le chemin qui va de la Croix-Gloriette à Chavannes par le Haut-Buard, l’endroit où se récitait cette prière avait pris et a gardé jusqu’à nos jours le nom de sentier de l’Ave. Quelques paroisses des environs, je citerai Tigné comme exemple, ont conservé l’habitude plusieurs fois séculaire, de s’arrêter aux jours des processions, à un endroit de la route où l’on aperçoit la flèche de notre église, et de chanter un Salve Régina , tout le monde tourné vers le Puy. La dévotion des pèlerins envers la Sainte Ceinture devait nécessairement exciter leur générosité à l’égard de l’église et provoquer leur reconnaissance pour les bienfaits reçus. Nous allons en raconter quelques traits choisis parmi les plus édifiants. C’était sur la fin du règne de Charles VI, en 1421, Guérin, seigneur des Fontaines, dans la paroisse des Verchers, profondément touché des malheurs de la France, entreprit de chasser les Anglais de l’Anjou. La Bonne Dame du Puy reçu la prière du valeureux guerrier , elle l’exauça. Guérin attaqua l’ennemi près du Vieil Baugé, le 22 mars, la veille de Pâques ; il le défit complètement et tua de sa propre main le duc de Clarence, frère du roi d’Angleterre. Plus terrible que la faux au jour de la moisson, le glaive de l’armée angevine coucha par terre l’élite de la noblesse de l’Angleterre ; la bannière du duc tomba aux mains du Seigneur des Fontaines, et, dans sa reconnaissance, il vint en faire solennellement hommage à sa divine protectrice, dans son sanctuaire du Puy. On put voir, pendant plusieurs siècles, ce glorieux trophée suspendu aux voûtes de l’église. En 1620 le protestantisme promenait la dévastation partout dans notre belle France, le noble royaume de Marie. Une assemblée générale de Huguenots, tenue à La Rochelle, malgré la défense du roi, rejetait ouvertement l’autorité royale, proclamait le règne et la religion des Réformés, et appelait tous les calvinistes aux armes pour s’emparer du gouvernement de la France. C’étaient les guerres de religion qui recommençaient, et aucun bras ne se sentait assez fort pour terrasser cette insurrection subite. Alors la Vierge puissante prit en pitié son peuple en détresse ; elle inspira à Louis XIII pendant le siège de La Rochelle, qui était comme le boulevard du protestantisme dans l’ouest, de recourir à sa vénérée ceinture.Le pieux roi mit donc sous la garde de la Bonne Dame du Puy le succès de ses armes. La prise de La Rochelle par l’armée catholique eut pour résultat la mort du protestantisme dans la France, comme parti politique. Il eut beau s’agiter encore quelques temps: vaines convulsions d’une agonie tourmentée. Ses jours étaient désormais comptés ; le dernier ne devait pas être loin. La paix d’Alais (28 juin 1629) proclama le triomphe définitif de la religion catholique dans notre pays, et les dévots de la Sainte Ceinture purent encore voir de beaux jours.

A l’exemple de Louis XIII, le duc de la Trémouille connut heureusement les bienfaits de la relique du Puy. Séduit un instant par les erreurs de Calvin, il abjura le protestantisme en l’année 1670, et fit profession dans la foi catholique dans l’église cathédrale d’Angers, entre les mains de Mgr Henri Arnauld, évêque de cette ville, d’une manière si édifiante qu’il causa sans doute autant de joie aux anges du ciel qu’il en avait procuré aux bons catholiques sur la terre. Après son retour dans l’église catholique, il vint au Puy Notre Dame en action de grâces, reconnaissant qu’après Dieu il était redevable de sa conversion à la toute puissante intercession de la Sainte Vierge ; et, comme il aperçut, en visitant le trésor de cette église, un calice magnifique au bas duquel était en relief les armes de sa maison, il témoigna un sensible plaisir de trouver ce présent que ses prédécesseurs, ducs de la Trémouille, seigneurs de Thouars, avaient donné au Puy pour y célébrer la messe dans la religion qu’il venait d’embrasser.

Les religieuses du couvent de la Fougereuse, avaient été obligées de quitter leur monastère et étaient venues s’établir dans un château appelé la Touche-d’Illerin, près Argenton Chateau, où elles séjournèrent l’espace de sept à huit mois. En reconnaissance de leur guérison, elles envoyèrent à l’église du Puy une lampe d’argent avec les deux lettres suivantes : 

A Messieurs les Doyen, chanoines et chapitre de l’Église royale du Puy Notre Dame

De la Fougereuse, 6 septembre 1682

Messieurs

La dévotion que nous et notre communauté avons à la Sainte Vierge, et les assistances que nous en avons tirées, nous ayant porté à lui vouer une lampe d’argent, le respect que nous avons pour la sainte relique que votre église a l’honneur de posséder, et la piété qui paraît dans votre célèbre Chapitre nous l’a fait préférer à tout autre, espérant avoir part à vos saintes prières. C’est la grâce que nous vous demandons et, celle d’agréer que cette lampe brûle, un an durant, devant le grand autel de votre église. Nous avons donné ordre à notre procureur de satisfaire ce qu’il faudra pour cela.

Je suis avec bien du respect, Messieurs, votre très humble servante. 

Soeur Marie Turpin, supérieure.

En même temps, cette bonne religieuse écrit au chanoine-chantre pour le prier d’agréer cet ex-voto, avec les conditions qu’elle désire y mettre.

A Monsieur le Chantre du Puy Notre Dame, en Anjou

De la Fougereuse, 6 septembre 1682

Messieurs

Je suis si persuadée de votre générosité et de celle de votre illustre Chapitre, que je me promets facilement que mon présent sera bien venu : au moins est il offert avec bien du zèle et de l’affection. Je le souhaiterais plus considérable, il y aurait plus de joie à vous le présenter. Vous nous obligerez fort que cela fut écrit sur les registres de votre Chapitre, afin que nous ayons part à vos saintes prières. Je vous supplie très humblement de nous accorder la faveur que j’estime beaucoup.

Je suis très parfaitement, Monsieur, votre humble servante.

Soeur Marie Turpin, supérieure

Outre cette lampe d’argent donné par le couvent de la Fougereuse il y en avait encore, attachés aux murs du sanctuaire ou suspendues aux voûtes, quelques autres offertes par la piété et la reconnaissance des fidèles ; l’une d’elles était un présent de la duchesse de Brissac. Les siècles suivants n’ont rien ôté à la glorieuse Ceinture de sa vertu merveilleuse, pas plus qu’ils n’ont pu diminuer la puissance de Marie ; par conséquent, imitons nos pères dans leur foi et leur confiance en la sainte Ceinture et, comme eux, nous en ressentirons les bienfaits innombrables.

au 18ème siècle

(paru dans l’almanach paroissial de 1913)

Toutes les œuvres divines portent l’empreinte sacrée de l’épreuve ; elles sont comme un reflet de la vie de Notre Seigneur. Pour notre Sauveur, les heures de douleur succèdent aux jours de triomphe ; les épines déchirantes de la passion s’entrelacent, dans leur couronne, aux lumineux rayons du Thabor. Ainsi en fut il pour notre vénéré sanctuaire du Puy Notre Dame. Après une période séculaire de gloire, de pèlerinages éclatants, de dons généreux et princiers, se déroula une longue chaîne d’épreuves, de deuil et de larmes.

Dans le trésor de l’église, la pauvreté succéda à l’opulence ; à la Cour du roi de France, l’oubli vint à la place de la reconnaissance. Des dissensions intéressées entre le curé et le chapitre au sujet de la Sainte Ceinture furent suivies d’un long et regrettable procès ; l’ornementation de l’église fut profanée par le vandalisme des blanchisseurs de murailles ; les fortifications de la ville, le jeu de paume, le château furent détruits et les matériaux dispersés. En un mot les beaux jours du Puy Notre Dame sont passés, l’ère de prospérité du moyen âge a disparu et, avec la fin du règne de Louis XIV, commence pour notre paroisse, une époque de décadence et de ruine que nous voudrions pouvoir effacer de son histoire. Les victoires du grand roi avait couvert la France de gloire, mais elles avaient coûté beaucoup de sang et de sacrifices. Pour acquitter les dépenses de la guerre, Louis XIV aurait pu recourir au moyen de l’impôt et demander à chacun de ses sujets le tribut que tout citoyen doit à son pays, tribut dont les partisans du pouvoir actuel font à l’ancien régime un reproche aussi absurde que mensonger : ils oublient ou ne veulent pas avouer que la taxe républicaine de nos jours accable le pauvre contribuable dix fois plus que la dîme royale d’autrefois!! au lieu de frapper son royaume d’un impôt global qui eût amené partout une pénurie d’argent et engendré la misère générale. Louis XIV eut recours aux églises riches ; il leur demanda, sous forme de dons gratuits, de combler le déficit des finances publiques et l’église du Puy Notre Dame dut y contribuer pour sa bonne part.

Nous possédons la lettre que le roi écrivit à Mgr l’Evêque de Poitiers au sujet de l’argenterie qui pouvait se trouver dans les églises de son diocèse.

« Monseigneur l’Evêque de Poitiers

Vous avez reçu par mon édit de décembre dernier et par ma déclaration du 14 du même mois, ce que j’ay cru devoir faire pour empescher que les espèces d’or et d’argent ne continuent à sortir de mon royaume.. Je ne doute pas que «vous n’ ayez appris que, pour remplacer en partie celles qui en sont sorties les années précédentes, j’ai avec plaisir envoyé à la Monnaye ( établissement où l’on fabrique la monnaie) les meubles d’argent que j’avais dans mes appartements; et comme j’ay été informé qu’il y a dans les églises beaucoup d’argenterie au-delà de celle qui est nécessaire pour la décence du culte divin, dont la valeur estant remise dans le commerce porterait un grand avantage à mes sujets, je vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu’il y a d’argenterie dans chaque église de votre diocèse, ce que vous croirez qu’il sera à propos d’y laisser outre les vases sacrés auxquels il ne faut pas toucher, et ce que l’on pourrait en refondre, vous assurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au bien de mon Estat, d’ordonner qu’elle soit portée dans mes Monnayes pour estre convertie en espèces d’or et d’argent, la valeur estre payée comptant sur le prix porté par ma déclaration du 14 décembre dernier à ceux qui l’y apportèrent, et ce qui proviendra de la dite argenterie superflue estre ensuite portée au profit desdites églises à qui ladite argenterie appartenait.

Ecrit à Versailles, le 14 février 1690

Louis »

Le roi donna le premier l’exemple du sacrifice qu’il imposait aux églises : tous ses meubles en argent renfermés dans le palais de Versailles, d’un travail merveilleux, qui faisait son orgueil et l’admiration des étrangers : tables, guéridons, fauteuils, candélabres, girandoles, chandeliers, bas-reliefs, etc.…, disparurent impitoyablement dans le fourneau des fondeurs ou s’engloutirent d’admirables richesses artistiques. Celles de notre église eurent bientôt le même sort . Un mois après avoir reçu la lettre du roi, l’évêque de Poitiers désignait le doyen de Thouars, Philippe Porcheron pour aller faire l’inventaire de l’argenterie renfermée dans le trésor du Puy Notre Dame ; et le 14 mars 1690, le doyen de Thouars arrivait au Puy pour accomplir sa mission. Vainement les chanoines lui firent remarquer que le chapitre était fort pauvre, puisque les canonicats ne valaient chacun que 150 livres de rente. Philippe Porcheron n’écouta point leurs observations ; il dressa aussitôt l’inventaire du trésor de l’église ; il pesa les statues des rois, le prie-dieu d’argent, deux bassins avec quatre coupes, deux burettes, la châsse de Saint Nicolas faite sur le modèle de la Sainte Chapelle de Paris, une grande châsse de vermeil qui servait à porter la Sainte ceinture en cérémonie, et sur la croix de laquelle était attachée une chaîne d’or donnée par une dame Anne Sorin. L’inventaire mentionnait encore une ancienne custode d’argent qui servait quelquefois à porter le Saint Sacrement dans la paroisse, deux petites figures d’argent, l’une de la Sainte Vierge, l’autre de Notre Dame, un encensoir avec sa navette, deux chandeliers et une croix, le tout en argent. Puis il remporta cet inventaire à Poitiers, sans en avoir voulu laisser une copie entre les mains du chapitre. Comme de raison les habitants n’étaient point pressés de voir disparaître leur trésor ; aussi ils attendirent jusqu’au 12 novembre pour se réunir en assemblée et choisir ceux qui devait le porter à la Monnaie, suivant l’ordre du roi. Ils députèrent Claude Pélisson, écuyer, prieur de l’église paroissiale du Puy et quelques notables du lieu, Jacques Gourdault des Mérites, Mestreau, Blondé et Pasquier. Ils partirent aussitôt, emportant avec eux la plupart des objets précieux mentionnés dans l’inventaire de Philippe Porcheron. Arrivés à Poitiers le 16 novembre, ils remirent au sieur Roy, contrôleur de la Monnaie, toute l’argenterie destinée à être vendue. C’était une figure de Louis XI, pesant 53 marcs, une statue en argent du Dauphin de 68 marcs ; une autre de Joachim, second fils de Louis XI, mort à Amboise et enterré dans la chapelle des Cordeliers de cette ville, la statue pesait 22 marcs ; une autre de François, troisième fils du roi, de 18 marcs : ce dernier était représenté avec ses langes, et, d’après un vœu de la reine, l’orfèvre avait donné à la tête des proportions de celle de l’enfant venant au monde. Ils avaient apporté en outre un prie-dieu d’argent et un chapeau couronne avec branches pendantes, des Heures et une épée, pesant 58 marcs, et une table d’argent à bordure semée de fleurs de lis du poids de 108 marcs. (Le marc pesait environ une demi-livre). Il y avait encore un calice en vermeil, d’un prix inestimable, le bas de la coupe était artistement ciselé, et sur le nœud étaient sculptées en rond de bosse les figures des douze apôtres ; enfin un ostensoir en vermeil, dont le pied reproduisait le modèle de la Sainte Chapelle de Paris. Le tout pesait 327 marcs, aux dires de Grandet, auteur contemporain de ce fait. Mais d’après les registres paroissiaux, dans lesquels nous avons puisé nos documents, l’argenterie du Trésor, essayée et fondue dans l’hôtel des Monnaies de Poitiers produisit 278 marcs, 4 onces 4 grains, ce qui à raison de 28 livres 6 sols 8 deniers le marc, donne une somme de 7.892 livres 11 sols 4 deniers. Si l’on admet qu’à la fin du XVIIème siècle l’argent valait dix fois plus que de nos jours, nous aurons une idée de la somme que Louis XIV réalisa avec les richesses du Puy Notre Dame .

Ainsi disparut à jamais de notre église le trésor qui avait été déposé par des rois, des princes, des grands et des riches, comme un témoignage de leur dévotion envers la Sainte Ceinture et de leur reconnaissance envers la très Sainte Vierge pour des bienfaits reçus. On ne laisse à la Fabrique que les calices, ciboires, croix, encensoirs, reliquaires, chandeliers et autres objets nécessaires pour le culte. Parmi ces derniers, que la révolution s’appropria à son tour, figurait une ancienne châsse en vermeil de deux pieds de haut sur 10 pouces de large, qui renfermait la Sainte Ceinture ; une statuette de Saint Sébastien haute de13 pouces ; une autre de Saint Jean en argent ; une représentation de la Sainte Chapelle de Paris de vingt pouces de hauteur et du poids de 10 marcs 6 onces. Au commencement du XVIII ème siècle, à part la Confrérie de la Charité, œuvre du curé Hénault qui demande une étude spéciale, rien de saillant ne nous paraît s’être passé au Puy Notre Dame.

L’indifférence religieuse commençait à s’étendre sur la France et tarissait peu à peu la source des pèlerinages si fréquents et si fervents des siècles précédents ; la foi vive et simple du moyen âge n’existait plus dans un grand nombre d’âmes ; on ne trouvait plus dans le concours des peuples qui venaient encore vénérer la Sainte Ceinture, l’élan, la confiance du temps de Louis XI ou de Louis XII. L’autorité de l’Église avait été déjà fort ébranlée par les idées de la Réforme et la guerre religieuse du XVI ème siècle; le flot de la Révolution qui montait menaçait d’emporter le reste.

L’esprit de soumission qui indiquait la reconnaissance du principe d’autorité, avait fait place à l’esprit de discussion. On discutait sur tout : sur l’organisation sociale où les privilèges apparaissaient plus odieux à mesure qu’ils étaient moins justifiés par les services rendus ; sur la royauté, qui ne savait plus faire honneur à la France au dehors, ni lui assurer la prospérité au dedans.

L’église reçut le contrecoup de l’impopularité de la monarchie, à cause des traditions séculaires qui la rattachaient étroitement à elle. Et ce ne sont plus seulement les ennemis de la religion qui jettent le discrédit sur elle ; le clergé lui-même ne sut pas toujours se protéger contre les tendances nouvelles, et il se laissa toucher par l’esprit d’indépendance. Vers 1770, il s’éleva une regrettable contestation entre le curé du Puy et le chapitre, au sujet de la Sainte Ceinture. Au fond il s’agissait de savoir auquel des deux appartenait le droit de garder la précieuse relique et de la présenter à la vénération des fidèles. Deux mémoires furent imprimés, l’un en faveur du curé Roblain, l’autre en faveur du chapitre, et envoyés à la sénéchaussée de Poitiers, qui fut appelée la première à donner son avis sur ce fâcheux différend ; Elle rendit son arrêt le 19 août 1780. « Les soussignés, consultés pour donner leur avis sur les contestations qui se sont élevées entre MM les chanoines du Puy, d’une part, et le sieur Roblain, curé et doyen de la même église collégiale, d’autre part, sont d’avis : vu les pièces, titres et mémoires que les parties ont respectivement produites, que le sieur Roblain a prétendu sans fondement que l’église du Puy, où se fait actuellement le service de la paroisse dont il est titulaire, est sa propre église, qu’elle lui appartient et aux habitants du lieu, et les chanoines ne jouissent que par emprunt de cette église pour y faire le service divin et canonial fondé par Louis XI, en 1481. L’ancienne église paroissiale était bâtie au haut du grand cimetière ; il en reste encore des vestiges.Cette ancienne église étant tombée en ruine, le service de la paroisse fut sans doute transféré dans l’église que Guillaume IX, duc d’Aquitaine avait fait bâtir vers le milieu du XII ème siècle pour y établir des religieux ; et en 1481, Louis XI sollicita du Pape Sixte IV une bulle ou ordonnance pour faire ériger en collégiale cette église régulière et conventuelle, en laissant toujours subsister la cure et même le prieur et les religieux. Comme l’église du Puy devait être commune au curé, habitants et chapitre du Puy, l’usage des ornements, livres et vases sacrés devait l’être aussi. Le sieur Roblain ne peut donc pas prétendre que tous les vases sacrés, livres et ornements sont en sa disposition et administration, en sa qualité de curé. Mais il paraît que le principal objet du procès est la garde du dépôt de la Sainte Ceinture de la Vierge Marie et les offrandes et oblations que cette relique peut procurer. Les chanoines ne s’en sont pas tenus à conclure à ce que défense fut faite au sieur Roblain de s’emparer des clés du trésor, et de celle d’une cassette destinée à mettre un calice, une patène et un missel mais encore à ce que défense lui fut faite de s’arroger le droit de faire toucher la Sainte Ceinture de la Vierge aux fidèles qui y ont dévotion. Le chapitre prétendait priver le sieur Roblain, curé, du droit de participer aux offrandes et oblations que font les fidèles à l’occasion de la Sainte Ceinture. Le sieur Roblain soutenait au contraire que lui seul en sa qualité de curé avait droit d’exposer la Ceinture, de la présenter aux fidèles, de faire à ce sujet tous les actes que leur piété requérait et de recevoir leurs offrandes,. auxquelles personne n’a droit que le véritable pasteur de l’église où la relique a été mise en dépôt. On ignore en quel temps a été fait le dépôt de cette relique dans l’église du Puy Notre Dame.On serait instruit de ce fait, dit le sieur Roblain, s’il plaisait au chapitre de représenter l’acte de dépôt de cette relique ; cet acte existe, je l’ay vu dans le trésor de l’église, j’en ay même tiré une copie pour prendre à ce sujet l’avis de deux jurisconsultes, mais cette copie est adhirée, et le chapitre n’est pas curieux d’en montrer l’original, parce qu’il anéantirait entièrement sa prétention. On ne peut se dissimuler que l’église à laquelle la Sainte Ceinture a été donnée et où elle est en dépôt, est moins l’église commune au curé et au chapitre.Par cette raison les soussignés estiment qu’il convient que les offrandes et oblations soient partagés entre le curé et le chanoine sacriste. Et pour qu’il ne s’élève aucune contestation pour ce partage, et que l’égalité s’y trouve autant qu’il sera possible, on réglera que l’exposition de la Sainte Ceinture sera faite alternativement par moitié par le curé et le chanoine sacriste, que le curé la fera le premier pendant le mois de janvier, le chanoine sacriste pendant le mois de février alternativement de mois en mois ;qu’à cet effet la châsse et cassette où est renfermée la Sainte Ceinture sera mise , dans une armoire fermée à clef , laquelle le curé et le chanoine sacriste se feront passer alternativement pour l’avoir chacun dans leur mois. Délibéré à Poitiers , le 19 août 1780 » Cette transaction n’étant du goût de personne, l’affaire fut portée devant le Parlement de Paris, qui rendit en 1782, un arrêt en faveur du curé, auquel il accordait et, en cas d’absence et empêchement du chanoine sacriste, le droit de présenter la Sainte Ceinture et de recevoir des oblations. Cette sentence était conforme au mémoire présenté par le sieur Roblain. Le curé du Puy était toujours resté en possession de la relique et de la châsse qui la renferme ; il n’avait jamais cessé, ou par lui même, ou par les prêtres chargés de le remplacer, d’exposer la Ceinture, de la présenter aux fidèles et de recevoir leurs offrandes ; ses prédécesseurs n’avaient jamais éprouvé, sur ce sujet, aucun trouble, aucune contradiction de la part de qui que ce soit. Le curé du Puy était donc en possession d’un droit évident, qui n’avait jamais été contesté, et que le Parlement de Paris dut reconnaître. Au milieu de ce mesquin différend soulevé par l’intérêt personnel, surgit une autre affaire qui porta une atteinte grave à la fondation du chapitre du Puy Notre Dame. Louis XI, par lettres patentes de 1481, avait fondé au Puy, un collège ou chapitre composé de treize chanoines prébendés dont il se réservait la nomination pour lui et ses successeurs, et de treize vicaires ou semi-prébendés dont il laissait la nomination aux chanoines. Après la création et composition de ce chapitre, le roi l’avait doté de biens assez considérables ; mais plus tard, différentes circonstances en enlevèrent la majeure partie, en sorte qu’il ne restait aux chanoines que très peu de revenus. Les biens des vicaires ne suffisant plus à leur subsistance, ceux-ci se virent forcer d’abandonner leurs places et de chercher d’autres revenus en desservant des paroisses étrangères. Les chanoines, obligés de joindre à leurs fonctions celles des vicaires absents, s’emparèrent de leur petite portion de revenus. Et malgré cela, le bénéfice des chanoines est si modique, qu’il leur resterait à peine de quoi subsister si les vicaires revenaient occuper leurs places. Dans ces circonstances les vicaires furent conseillés de recourir à l’autorité du roi pour ordonner la suppression des treize vicairies, ainsi que la réunion de leurs revenus à leurs prébendes. Au mois de mars 1775, Louis XVI fit droit à leur requête ; il supprima toutes les places de vicaires ou semi-prébendes existantes dans le chapitre du Puy, ensemble leurs droits et prérogatives, pour être le revenu (……...)elles réuni à perpétuité aux prébendes des chanoines du chapitre, lesquels seront tenus d’acquitter les charges affectées auxdites semi-prébendes et d’en remplir les fonctions. Ainsi disparu plus de la moitié du chapitre royal du Puy Notre Dame que Louis XI avait institué ainsi qu’il est dit dans l’acte de fondation, pour rendre le service divin plus solennel...et nous acquitter envers notre créateur et la benoite Dame, sa mère des grands biens à nous faits...Le……….du chapitre ne devait pas tarder à disparaître à son tour, emporter par le vent de la Révolution. Pendant que le Puy suivait ainsi sa mauvaise destinée, que devenait son église ? A l’intérieur comme à l’extérieur, elle subit à diverses époques des restaurations qui ne furent pas toujours heureuses. Nous voyons encore aujourd’hui la date 1735 marquée en ardoise sur un des contreforts, et celle de 1765 au haut de la façade ; à cette dernière date , on a travaillé à la partie supérieure de cette façade comme il paraît aux six arcatures du centre, qui sont différentes des autres. Pour ce qui est de l’intérieur, le XVIII ème siècle vit les blanchisseurs d’église faire disparaître les intéressantes peintures laissées par les siècles précédents. Le 2 septembre 1781, le chapitre passait marché avec Bernard Boret, blanchisseur de monuments, pour faire blanchir tout le dedans de l’église, les deux sacristies et la chapelle Sainte Anne, gratter les piliers de ladite église, qui en ont besoin, garnir de mastic, plâtre et ciment les trous, cavités desdits piliers, et murs et voûtes, et généralement tout ce qui peut être susceptibles des dites réparations ; et conserver aux deux côtés du grand autel quatre écussons et deux autres en face des deux ailes, et leur donner la couleur bleue ; et ce moyennant la somme de sept cents livres pour le blanchissage et faire donner à tous les cordons de la voûte une couleur de paille. On lui accorda ensuite soixante douze livres pour faire aux colonnes et à ces cordons peints en jaune des filets blancs imitant les joints de pierre . Heureusement, cet affreux badigeon, dont on voit encore quelques restes dans les endroits qui n’ont pas été grattés, fut enlevé en 1852, lors de la restauration de l’église ; mais on ne réussit pas à faire revivre les anciennes peintures. On n’a pas seulement à reprocher à la fin du XVIII ème siècle son genre de restauration qui était plutôt d’un style rococo ; on avait encore la manie de la nouveauté qui poussait à faire disparaître tout vestige, tout souvenir du passé. C’est ainsi que nous avons à déplorer la disparition complète du château, du jeu de paume, des tours et de la plus grande partie des murs d’enceinte de la ville du Puy Notre Dame Le château avait été construit par Guillaume d’Aquitaine au XIème siècle et sa femme Eleonore aimait à y habiter. Il n’en reste plus aucune trace ; on croit qu’il était situé au nord de l’église, vers l’emplacement appelé aujourd’hui Champ de Mars. Il était flanqué de tours et contigu à une muraille qui protégeait l’enceinte de la ville.

Jusqu’au milieu du XIX ème siècle les vieillards se rappelaient avoir vu la porte de ville et les deux tours qui défendaient l’entrée de la route de Montreuil.

De cette porte on peut encore suivre la muraille d’enceinte presque jusqu’à la route de Thouars qui était fermée par la barrière Saint Denis et gardée par une tour. Contournant le petit cimetière, elle allait en ligne droite rejoindre la chemin de la Raye, à la Croix Bodet en laissant sur la gauche les faubourgs de la Jaltrie, de la Picardie et Saint Julien. De Croix Bodet où il y avait une tour, la muraille longeait le faubourg Saint Jacques, celui de la Paleine et l’hôpital de la Providence, et remontait ensuite vers le château, en suivant une partie de la rue qui conduit de l’hôpital au champ de Mars, et appelée encore aujourd’hui rue des Picards. Les pierres de la tour de prison sur le champ de Mars, de la tour du chemin de Montreuil et de la Croix Bodet furent vendues en 1784. On vendit en même temps les matériaux d’un ancien jeu de paume, situé au champ de Mars. Le tout vendu à vil prix, rapporta à peine 250 livres. Ce fut sans émotion qu’on démolit ces restes vénérés du moyen âge ; en voyant crouler ces monuments de l’ancien régime, les naïfs pouvaient croire qu’une ère nouvelle de prospérité allait s’ouvrir pour la Puy, et qu’on ne tarderait pas à voir s’élever des œuvres grandioses qui seraient un signe manifeste de progrès et de civilisation : c’étaient les mots qui volaient de bouche en bouche. En réalité les esprits étaient gagnés par les idées nouvelles de haine à la royauté et à la religion ; les temps étaient changés; la Révolution n’avait plus qu’à se présenter avec son hideux cortège de destruction et de ruine.

La Collégiale après la révolution

(paru dans l’almanach paroissial de 1914)

Le concordat de 1801, signé par le Souverain Pontife Pie VII et par Napoléon 1er, avait rétabli en France la paix religieuse, troublée par 10 années de révolution.

En vertu de cette convention, le chef du gouvernement nommait les évêques , qui recevaient ensuite du Pape l’institution canonique, c’est à dire le pouvoir d’enseigner et de gouverner leur diocèse ; les évêques nommaient les prêtres, mais avec l’agrément ministériel pour les curés de canton ; le Pape abandonnait toute de revendication sur les ventes ecclésiastiques faite par l’État pendant la période révolutionnaire, et en retour l’État s’engageait à servir un traitement convenable aux évêques et aux prêtres. Une nouvelle organisation des diocèses suivit de près ce Concordat.

Le Puy Notre Dame, qui, depuis le XIème siècle au moins, qui avait fait partie du diocèse de Poitiers, fut rattaché à celui d’Angers et au canton de Montreuil Bellay, après avoir été lui-même chef lieu de canton pendant la Révolution jusqu’en 1807, sous la dénomination un peu prétentieuse et ridicule de Puy-la -Montagne. A Rome, Pie VII ratifia le Concordat par une bulle qu’il promulgua le jour de l’Assomption, 15 août 1801. L’affaire alla plus lentement. Napoléon trouva de la résistance dans le Corps législatif, qui soutenait encore le schisme de l’Église constitutionnelle.Ce ne fut que le 8 avril 1802 que le Concordat fut adopté comme loi d’État. L’exercice public du culte catholique fut immédiatement autorisé et rétabli dans toutes les églises ; mais celles-ci se trouvaient, après la disparition des hordes sauvages qui avaient ravagé le pays, dans un état de délabrement et de pauvreté qui contrastait péniblement avec les richesses et la prospérité dont elles jouissaient quelques années auparavant.

L’église du Puy Notre Dame, en particulier, était dans une ruine complète. Tous ses trésors, entassés dans son sanctuaire par la munificence royale de Louis XI et de Louis XIII, avaient disparu, une partie à la fin du règne de Louis XIV, et le reste au commencement de la Révolution. La sacristie avait été saccagée, pillée, et ses riches ornements brûlés sur la place de la Paleine, qui était devenue le théâtre des saturnales les plus impies. L’église, dans sa nudité et son abandon, semblait pleurer en silence le temps où, sous ses voûtes gothiques, l’orgue et psallette laissaient retentir chaque jour les chants sacrés en l’honneur du Roi du ciel et de sa sainte Mère. La Fabrique, qui en 1789 comptait 7.427 livres de revenus, ne possédait plus rien ; et pour assurer les gages de ses nouveaux serviteurs, elle en était réduite aux libéralités des habitants. Le chapitre royal , après trois siècles d’existence avait été dispersé, ses biens confisqués et vendus à vil prix. De tout cela il ne restait plus que le souvenir. L’esprit s’attriste à la pensée d’un tel dénuement et de tant de splendeurs effacées mais la foi est consolée à la vue du plus précieux, du premier ornement de l’église, la sainte Ceinture qui fut providentiellement sauvée de la ruine . Nous la retrouverons plus tard ; revenons à l’église. Sauf quelques réparations, les plus urgentes, faites aux autels et aux statues, en 1819, l’église resta dans le même état jusqu’en 1827, époque où M.Duchesne, curé du Puy de 1825 à 1845, changea complètement les dispositions intérieures. Avant de parler de ces changement qui ont en quelque sorte transformé l’église, il convient de la décrire telle qu’elle était autrefois dans ses diverses parties, d’après les documents que nous fournissent les comptes de la Fabrique. Le grand autel était au fond du sanctuaire, dont il occupait toute la largeur, et ne laissait entre lui et le mur qu’un petit espace libre servant de lieu de décharge.Il s’appelait l’autel Notre Dame et était dédié à la Très Sainte Vierge, dont la statue se voyait dans la niche où elle est encore aujourd’hui entre les deux fenêtres. De chaque côté de l’autel, un peu en avant, on avait pratiqué dans l’épaisseur du mur des ouvertures larges et élevées, où l’on exposait les statues des dauphins, les joyaux et autres reliques au jour de grandes fêtes.La Sainte Ceinture était déposée dans celle du côté de l’évangile. Devant le grand autel étaient suspendues deux lampes d’argent, entretenues pour les deux tiers par la Fabrique, et pour l’autre tiers par le prieur. Il y avait, en outre, attachées au mur quelques lampes données par la piété et la reconnaissance des fidèles : une par la duchesse de Brissac, une autre par le couvent de la Fougereuse, en 1682. Le sanctuaire était fermé par une balustrade partant des deux angles du mur et s’avançant un peu dans le transept en formant le carré, jusqu’à l’endroit où se trouve l’autel aujourd’hui. Tout le reste du transept était libre. Dans les murs des chapelles latérales deux cavités avaient été faites, celle de droite, du côté de l’évangile, pour y mettre la statue de Louis XI, fondateur du chapitre, et celle de gauche qui existe encore, et dans laquelle les anciens de nos jours se rappellent avoir vu la statue de Guillaume, duc d’Aquitaine et fondateur de l’église, représenté à genoux, dans le costume de son temps. La troisième travée de l’église, celle où sont actuellement les premiers rangs de chaises, était occupée par les stalles, adossées à un mur construit d’un pilier à l’autre. Il y avait quarante stalles, vingt hautes et vingt basses. Loyis XI eut soin de désigner lui même, dans l’acte de fondation du chapitre, les places des chanoines et celles des vicaires ou semi-prébendés.  » Lesdits doyen, sous-doyen, chantre, chanoines et vicaires, se diviseront en deux parties ès chaises de la dite église, et seront en nombre autant d’un côté que de l’autre, et autant ès chaises hautes que ès basses, le plus également que faire se pourra, pour plus honorablement et convenablement faire le divin service ; et seront les dignitaires et chanoines ès hautes chaises et les vicaires ès basses chaises. » On admirait parmi les magnifiques sculptures de ces stalles les quatre jouées , dont deux ornées des statues de la Sainte Vierge et de Saint Jean l’Evangéliste regardaient l’autel, et les deux autres, avec les statues de Saint Pierre et de Saint Paul, debout chacun sous un dais soutenu par des anges, étaient tournés vers la grande nef et semblaient en garder l’entrée, qui était d’ailleurs fermée par une belle grille en fer forgé. Trois autels étaient fixés aux deux piliers où s’arrêtaient les stalles : près du clocher, l’autel Saint Louis, patron secondaire de la paroisse, et en face, du côté de l’évangile les autels du Rosaire et des Agonisants, séparés de l’autre par une barrière en bois allant du pilier au mur et faisant suite à la grille en fer. L’autel des Agonisants était surmonté d’une grande statue de la Vierge, en terre cuite, venue, dit on, le l’Abbaye de Fontevrault, et donnée à l’église après la Révolution, par Monsieur d’Houdan, habitant du Puy .En entrant par la porte latérale, on avait, au pilier de droite, l’autel de la Résurrection, et à celui d’en face la chaire, où elle est restée, et l’autel de Saint Jean Baptiste.Au cinquième pilier, du côté du prieuré, était l’autel de Sainte Catherine. Près de la sacristie, dans la chapelle latérale qui portait le nom de la chapelle Saint Laurent, où le vicaire mettait ses affiches, se trouvaient les autels Saint Laurent, Saint Roch et Saint Sébastien.Et dans la chapelle opposée, actuellement la chapelle de la Sainte Vierge, éraient les autels Saint Joseph, Saint André et Saint Nicolas,dont elle portait le nom. Les fonts baptismaux sont restés à la même place qu’autrefois, mais alors ils étaient entourés d’une balustrade en bois, qui rendait plus digne de respect le lieu où les chrétiens viennent recevoir le baptême et prendre le titre d’enfants de Dieu. Au-dessus de la grande porte se trouvait le jubé, qui tenait toute la largeur de l’église, et dans lequel était l’orgue. On y montait par l’escalier du petit clocher. Le 6 juin 1617, un religieux vint au Puy marchander des orgues. On ne fit pas d’affaire. Mais, 10 ans après, le 6 octobre 1627, le prieur du Puy, Dom Valentin Pellion, fit marché à Poitiers avec Jean Ourry, facteur d’orgues, pour la somme de 2.700 livres.Il écrivit en même temps au sieur Blondé, procureur de la Fabrique, pour proposer à l’assemblée des conclaves un organiste, nommé Jean Chauvet, prêtre pour toucher l’orgue, quand il sera posé. Le dimanche, 17 du même mois, le Conseil se réunit au lieu ordinaire de ses délibérations, et, le sieur Chauvet étant présent, on convint de lui donner cent vingt livres tournois par an, payables par trimestre ; De son côté, le sieur Chauvet s’engageait « à jouer et servir d’organiste au service divin de la paroisse, tant aux matines des fêtes solennelles, grand’messe et vêpres, qu’aux jours de dimanches et fêtes de l’année, ainsi qu’aux vêpres des vigiles tant des dimanches qu’aux fêtes chômables, et du tout s’acquitter bien et fidèlement et à perpétuité » A ces conditions, le Conseil consentait à le recevoir et admettre en sa charge, se réservant la faculté de le destituer quand bon lui semblera, si le dit Chauvet n’est pas capable en son art. Quelques semaines après, l’orgue fut placé dans un magnifique buffet, construit à cette fin par Amelot et Simon Eco, menuisiers à Poitiers. Le buffet coûta six cents livres. Le plan en fut dressé par Ourry, d’accord avec les menuisiers et le notaire du Puy, Me Baillargeau, qui fit acte du marché. Deux inscriptions furent posées sur les murs, de chaque côté du buffet. On dessus de la porte venant de l’escalier on lisait :

« Cet orgue fût posé au moys d’octobre 1628, par Ourry, facteur, et payé par la Fabrique. »

Du côté opposé on avait écrit en lettres rouges : 

 « In chordis et organo laudate Dominum.Psalm.150. M.Fardeau, rec.fab »

Ce qui veut dire : « Louez le Seigneur sur la viole et sur l’orgue.Du psaume 150 Michel Fardeau, curé » La grande sacristie est évidemment d’une date bien postérieure à la construction de l’église. Elle paraît avoir été construite à la fin du XVème siècle par le fondateur et pour l’usage du chapitre . La voûte est à nervures prismatiques, coupées à la manière angevine et lui donnent l’apparence d’un dôme appuyé sur une base rectangulaire. Le mur conserve un ornement caractéristique de cette époque, un dais destiné sans doute aà abriter une statue, et sous le badigeon, on distingue encore aujourd’hui des restes de peintures dont les motifs sont en relief doré sur fond noir. Pendant la révolution de 1793, la sacristie servit de salle de mairie. Malheureusement la municipalité de ce temps là, qu’une profanation d’un édifice affecté au culte répondait si bien à sa haine de la religion, n’eut aucun respect non plus pour la beauté architecturale de cette salle. Des quatre fenêtres qui, avec la voûte, faisaient de ce monument un spécimen intéressant du XVème siècle, elle en mura deux, agrandit sans style et sans goût la troisième, la seule qui reste, et changea la quatrième en une porte inélégante et vulgaire pour communiquer avec la rue : elle brisa une partie des colonnes de l’intérieur qui soutiennent la voûte, et rasa toutes les parties saillantes, nervures et chapiteaux qui gênaient le maire pour appliquer ces affreux bahuts de bois blancs la long des murs. Et quand une nouvelle municipalité, plus scrupuleuse et plus soucieuse de sa dignité, choisit une autre local pour ses réunions, la fabrique fut remise en possession de la sacristie, mais, hélas ! Ruinée et à peu près irréparable. Entre la porte latérale de l’église et celle du clocher, une autre porte donne accès dans une pièce qui sert à déposer le gros mobilier de la fabrique.C’était autrefois la chapelle Sainte Anne, appelé aussi oratoire de Louis XI, dans laquelle on gardait l’un des dons les plus précieux de ce roi, un modèle en argent de la Sainte Chapelle de Paris. Il faut croire que ce présent royal avait une grande valeur ; en effet, nous lisons dans les comptes de la fabrique de 1576, que la Sainte Chapelle était renfermée dans un placard à verre dormant, protégé lui-même par une grille en fer allant d’un mur à l’autre. Au temps des guerres de religion, c’était une précaution nécessaire contre les Huguenots, dont la cupidité sacrilège était bien connue. Un siècle plus tard, en 1663, la fabrique fit enlever la charpente en pavillon de cette chapelle, et la remplaça par une autre en appentis qui existe encore, mais qui est destinée, dans le plan de restaurations de l’église, à disparaître avec la chapelle dont la ruine est à peu près complète. Cette chapelle a servi de corps de garde depuis la Révolution jusqu’en 1852, année des grandes réparations de l’église ; Alors elle fût rendue à la fabrique et l’on mit les boiseries des stalles, en attendant l’époque plus récente où elles furent placées dans le choeur. La chambre basse du grand clocher servait de chapier ou vestiaire pour les chanoines.C’était autrefois l’unique sacristie, où devait se trouver l’armoire qui renfermait la Sainte Ceinture avec sa châsse en argent. Ce qui nous porte à croire qu’elle devait renfermer quelque objet précieux, ce sont les plaques de fer dont on garnit le mur à l’endroit de la serrure, en 1643. Cet objet précieux ne pouvait être que la Sainte Ceinture, puisqu’on sait que le reste du trésor était déposé dans la chambre du clocher qui est au dessus de ce chapier. L’horloge a été placée pendant longtemps dans le grand clocher, au dessous des cloches. En 1764, on en fit faire une neuve qui fut poser dans un des petits clochers de la façade, d’abord dans la première chambre, puis en 1771 dans la partie supérieure où on la voit encore. Elle fut livrée à la fabrique par Maitre Proteau, horloger, pour la somme de 596 livres. Le timbre fût coulé à Saumur en 1765 par Monsieur Lehou, fondeur; il pèse 934 et il a coûté 1447 livres. Il porte pour inscription : « Je suis nommé Anne Jeanne Angélique Marie Magdeleine, par Anne Jeanne Angélique et Marie Magdeleine damoiselles de Larivière de Montigny, et Ambroise Joseph Tréton, sieur du Mousseau, conseiller du roi et lieutenant en l’élection de Montreuil Bellay, époux de damoiselle Jeanne Guéniveau de la Raye. J’ai été béni par M. Jean Vincent Roblain, curé du Puy Notre Dame et doyen du chapitre royal dudit lieu ; André Lamoureau, entrepreneur, procureur de fabrique et René Beunié, maître chirurgien sindicque » Pour placer le timbre de l’horloge, on fit au milieu des Préaux un petit clocher en bois qu’on appelait l’impérial ; le charpentier employa 86 mètres de bois de chênes pris dans la forêt de Brignon, pour lesquels la fabrique paya 64 livres à M. de Cressac. Tel était l’état de l’église, quand M Duchesne fut nommé curé du Puy en 1825. Cette église, une des plus remarquables de notre pays, remonte à la belle période de l’art architectural qui commença dans nos provinces, vers le xième siècle, et que portèrent si haut les Plantagenets, rois d’Angleterre, mais d’origine angevine. Son extérieur n’a plus rien de saillant, si ce n’est la façade majestueuse et imposante, malgré les ravages des temps. Mais quand le visiteur pénètre dans cette basilique, il s’arrête, saisi d’admiration, à la vue de ces faisceaux d’élégantes colonnes, de ces voûtes élancées et fuyant dans une perspective harmonieuse. La même pensée artistique a conçu et exécuté ce bel édifice construit dans le même temps et comme d’un seul jet. Peu de monuments présentent cette belle unité de plan et d’exécution. L’église du Puy Notre Dame est une croix latine avec trois nefs sous la même toiture. Longue de 50 mètres, sur 15 de largeur et autant sous voûte, elle est parfaite en chaque partie, comme dans son ensemble. Il est seulement regrettable que des réparations comprises à contresens aient fait disparaître quelques traits originaux et précieux pour l’étude de l’histoire et de l’art. De nouvelles toitures mal ordonnées ont endommages une grande partie des sculptures extérieures ; quelques unes même sont entièrement recouvertes. Souhaitons en terminant que l’administration des Beaux Arts revienne bientôt avec ses sacs d’écus pour sauver dela ruine notre superbe monument

Eglise du Puy Notre Dame au XIXème siècle

Nous savons dans quel état de ruine se trouvait notre église, quand elle fut rendue au culte après la Révolution, en 1802 ; le délabrement de ses murs et la pauvreté de ses ornements contrastaient péniblement avec les richesses et la prospérité dont elle jouissait quelques années auparavant. Dans un inventaire du mobilier fait en 1806, on ne put trouver dans l’antique église royale et collégiale de la Bonne Dame du Puy que six chandeliers d’autel en cuivre, un calice d’étain, un ciboire et un ostensoir en cuivre argenté ; tout le reste de ses meubles, rentes, revenus, argenterie, avait disparu dans le pillage de l’anarchie. Quand les jours de désordre furent passés et que la paix fut rendue à la religion, M. Morry et après lui M. Duchesne, curés du Puy Notre Dame, entreprirent de restaurer leur église ; mais, soit que l’on craignit toujours un réveil offensif de l’esprit révolutionnaire, soit que la misère engendrée par dix années de bouleversement fût encore trop grande, les ressources nécessaires pour cette œuvre pressante furent longues à venir. Ce fût guère qu’en 1818 que, le mal paraissant conjuré définitivement, les bourses commencèrent à se délier. M. Morry pensa d’abord à la réparation de l’orgue, dont la puissante voix relève si majestueusement l’éclat des solennités religieuses. Il s’adressa à un facteur d’orgues de Chateaudun (Eure et Loire), M.Charles de Momigny, qui fit un devis de ce qu’il avait à réparer provisoirement dans l’orgue, pour le remettre en état. Mais ce devis s’étant élevé à la somme de 3.000 francs, le conseil de fabrique rejeta le devis de M.Morry ; l’orgue fût abandonné, il resta encore quelques années dans son jubé comme objet décoratif, mais plus tard il fût vendu ou plutôt donné à un revendeur pour le prix dérisoire de 150 francs. La Révolution avait déjà pris le plomb afin de l’employer à son usage ; la restauration en vendit le buffet pour se procurer un peu d’argent. Ainsi disparut pour jamais cet ornement de notre église qui pendant deux cents ans avait embelli les offices divins et lancé sous les voûtes sonores ses graves et imposantes harmonies. On fut plus heureux du côté du clocher. Une souscription ouverte dans la paroisse, en 1818, pour la refonte des cloches brisées avait réalisée la somme de 1359fr,50. Alors le conseil de fabrique rédigea un cahiers de charges pour servir à l’adjudication au rabais de la grosse cloche. Il y était spécifié, en autres clauses, que la cloche sera garantie pendant trois ans et ne sera définitivement acceptée qu’à cette époque.La moitié du montant de l'adjudication sera payée à l'adjudicataire, dès que la cloche montée aura paru avoir le son convenable; l'autre moitié sera donnée, en partie au bout de dix huit mois, et le reste trois ans à partir du jour où elle sonnera. Ceux qui voudront se porter adjudicataires seront tenus de présenter un certificat, visé par le maire de leur commune ou de celle, où ils ont travaillé, constatant qu'ils sont habitués à fondre des cloches; ils fourniront en outre une caution qui se soumettra aux dépens, dommages et intérêts résultant de la non-éxécution du marché. L'inscription, contenant les noms de la cloche, son poids, l'année, les noms du parrain et de la marraine, celui du prêtre qui l'aura baptisée, sera gravée sur la cloche sans aucune rétribution, et telle que le bureau des marguilliers la donnera avec le moins de lettres possible. Le marché fût arrêté et signé le 21 mai 1818. L'adjudicataire fût le sieur Henry, fondeur, du département des Vosges, qui, le 11 septembre suivant, livrait à la fabrique la nouvelle cloche, pesant 3876 livres, 392 de plus que l'ancienne. Il fallut attendre onze ans avant de pouvoir refondre la seconde cloche, et ce fût le 8 mars 1829 que M. Duchesne et la Fabrique passèrent une convention avec le sieur Mabileau de Saumur, à raison de 1fr30 la livre de métal. Mabileau s’engageait à refondre la cloche suivant toutes les règles et conditions usitées en pareil cas. Il s’obligeait de plus à fournir en matière neuve le métal suffisant pour donner à la nouvelle cloche le poids de 500 à 520 livres. La vieille cloche sera transportée à Saumur, chez Mabileau, aux frais de la fabrique, comme la nouvelle sera amenée au Puy aux mêmes conditions. Mais le fondeur accompagnera la charrette et répondra des accidents. De leur côté, les marguilliers paieront à Mabileau 600 francs comptant, et le reste de la somme un an après le jour de la livraison. Cette petite cloche ne résista pas longtemps aux assauts redoublés de son battant ; moins de dix après elle était de nouveau cassée, et la fabrique s’adressait au même Mabileau pour en faire la refonte, en 1838. C’est la cloche que nous avons encore aujourd’hui, et qui depuis quatre vingt ans participe encore à nos deuils comme à toutes nos joies de famille. Voici l’inscription que nous avons relevée sur la cloche : « J’ai été fondue en l’an 1838. Je m’appelle Marie. Je pèse mille. J’ai été baptisée par M. Duchesne, curé du Puy Notre Dame. Mon parrain a été M.Vieillebanc de Lernay. ma marraine Melle Soulard, épouse de M.Charles Louvet, membre du Conseil Général de Maine et Loire. M. Charles Gay, maire. Mabileau, fondeur à Saumur. » La grosse cloche résista davantage aux coups du marteau. Elle succombe cependant un jour du mois de mai sans qu’on puisse dire que quarante ans d’exercice l’avaient usée. Les membres du Conseil de fabrique s’adressèrent à M.Guillaume Besson, fondeur à Angers, qui accepta de refondre la cloche pour le prix de 0 fr 80 le kilo de vieux métal et de 3 fr 80 celui du nouveau. Le battant pèsera environ 65 kilos. M. Besson garantit la nouvelle cloche pendant tout le transport et jusque dans le clocher, et ensuite pendant cinq années à partir de son placement dans le clocher. Le prix de la refonte sera payable 1.300 francs comptant, et le reste un an après sans intérêts. Le marché fut signé le 27 mai 1859. Le 13 octobre suivant, le travail était terminé, la cloche était dans son beffroi, et M.Ferdinand Chesneau, vicaire général, venait la bénir. Après la cérémonie, le procès verbal suivant fut rédigé dans le livre de la fabrique : « L’an 1859, le 13 octobre, nous vicaire général soussigné, avons béni une cloche, pour l’église du Puy Notre Dame, qui a reçu les noms de Marie-Rose-Louise-Charlotte-Emilie-Ysabelle, sortie des ateliers de M.Guillaume Besson, fondeur à Angers. Cette cloche, du poids de mille huit cents kilogrammes, a été payé par le prix de l’ancienne cloche, par une souscription volontaire des habitants de la paroisse, et par la fabrique. La cloche a eu pour parrain M.Charles Louvet, propriétaire du Lys, maire de la ville de Saumur, président du Conseil Général du département de Maine et Loire, député au Corps législatif, et Chevalier de la Légion d’Honneur, et pour marraine Mme Rose Baillargeau, veuve de M. Alexandre Baillargeau, propriétaire à Cix. A cette occasion, M.Louvet et Mme veuve Tochet, sa sœur donnent à l’église deux vitraux pour les deux croisées, du fond du sanctuaire, et Mme Baillargeau un ciboire en argent vermeil. Signé F. Chesneau » Puissent notre grave bourdon et sa petite compagne aigrelette vivre encore de nombreuses années dans leur retraite aérienne, dont la riche parure sera bientôt entièrement rajeunie ! Puissent leurs voix cadencées chanter longtemps encore l’admission des nouveaux-nés dans la société des chrétiens, et recommander aux suffrages des fidèles les âmes qui paraissent devant leur juge suprême ! Bénite par la main du pontife et placée au faîte d’une église, la cloche, en effet a un caractère sacré ; elle reçoit une mission auguste : elle est admise à tout dire et à tout publier de ce qui intéresse l’âme d’une paroisse. Lorsque vous entendez son carillon, qu’il chante ou qu’il pleure, prêtez lui docilement l’oreille de votre âme. Ne dites jamais des accents de la cloche : « Autant en en emporte le vent » Le vent qui les recueille et les élève vers le ciel est le souffle même de Dieu. « Aujourd’hui si vous entendez la voix du Seigneur, n’endurcissez pas vos coeurs » Revenons à la restauration de notre église. Ce fut surtout l’intérieur que M. Duchesne transforma, complètement, dès qu’il fut nommé curé du Puy, en 1825. Esprit actif et entreprenant, il n’hésita pas à détruire tout ce qui avait été fait avant lui, pour commencer un travail de restauration dans lequel il dépensa des sommes assez importantes pour qu’on puisse en regretter la perte puisque toute son ornementation disparut quelques années plus tard, lors de la nouvelle direction donnée par les Beaux-Arts aux travaux de réparation en 1852. Si M. Duchesne n’a pas suivi dans son entreprise les règles de l’art et du bon goût, c’est la faute de son époque plus que la sienne. La Révolution devait engendré une décadence générale ; au commencement du XIXème siècle, l’ouvrier bâtissait sans goût, il restaurait de même. S’il y a quelque chose à regretter, c’est qu’on n’ait pas compris dans son temps comme on le comprend aujourd’hui en quoi consiste la vraie restauration d’un édifice au point de vue de l’architecture. Afin de remédier à l’humidité des murs et de cacher la mousse verte qui les dépare et les ruine. M. Duchesne avait imaginé de les revêtir d’un léger parpaing jusqu’à la hauteur de la corniche, tout autour du transept ; il le fit ensuite barbouiller de jaune avec de larges bandes rouges, pour simuler les assises et la taille des pierres. Il fit peindre en bleu et parsemer d’étoiles jaunes les voûtes du sanctuaire et du transept. L’ouvrier choisi fut un sieur Raison Peintre à Saumur, qui exécuta le travail pour la somme de 310 francs. Ensuite, il démonta le grand autel et le transporta au milieu du sanctuaire, un peu en avant de l’endroit où il est aujourd’hui, et le fit surmonter d’un gradin , d’un tabernacle et d’un couronnement de style grec en bois peint et doré. De chaque côté de l’autel, il plaça un ange adorateur en plâtre blanc ; puis sur les bases des quatre piliers qui font face aux quatre coins de l’autel, il mit des bas-reliefs également en plâtre représentant les évangélistes. Le tabernacle, l’exposition, les deux anges adorateurs, les évangélistes, avec une scène en relief actuellement posée sous la statue du Sacré Coeur, étaient des dons personnels de M. Duchesne qui lui avaient coûté 2.400 francs. Il fit démolir les petits autels adossés aux colonnes de l’église et employer les matériaux utilisables à la construction de deux autels dans les chapelles latérales. Il plaça dans celle de droite, du côté de l’évangile, l’autel de la Sainte Vierge, avec sa statue et celle de Saint Joseph, de Saint André et de Saint Jean Baptiste ; et, à gauche, du côté de l’épître, l’autel Saint Louis et les statues de Saint Roch, saint Laurent et saint Sébastien. Enfin, il fit enlever les stalles de la place qu’elles occupaient dans la première travée de la nef actuelle, et les fit placer derrière l’autel, au fond du choeur, où elles sont encore aujourd’hui. Entre les stalles, au chevet de l’église, il posa un autel en bois sculpté et peint en noir, qu’il fit surmonter d’un grand tableau représentant l’Assomption de la Vierge, au dessus duquel il mit une statue colossale de la vierge dans la niche qu’il fit agrandir à cet effet. L’autel avait été acheté par Mme Baillargeau, de Cix, pour la chapelle du cimetière, lorsqu’elle fut restaurée, en 1822 ; il provenait, dit-on, ainsi que la statue, de l’Abbaye de Fontevrault, et il est actuellement dans la chapelle d’Artannes. La statue en terre cuite, fût donnée à l’église par M . d’Houdan, propriétaire au Puy Notre Dame ; on la voit à présent sous l’arceau du grand clocher. Quant au tableau de l’Assomption, il est dans l’église, au dessus de la porte de la sacristie ; on sait qu’il fut commandé pour le grand autel, en 1621, par Girard Lebascle, procureur de la fabrique, et peint par Jean Boucher, de Bourges, pour la somme de 240 livres. A mesure que la renaissance des arts se développait en France, le travail de M. Duchesne devait nécessairement provoquer la critique des connaisseurs. Tout ce que la réputation de notre église y amenait d’hommes versés dans l’architecture ne purent voir sans indignation un si beau monument aussi défiguré. Ce furent bientôt comme un concert de plaintes et de récriminations dont le résultat fut d’attirer de plus en plus l’attention sur l’église du Puy et de la faire classer au nombre des monuments historiques. Elle était déjà provisoirement classée depuis un an, quand Mgr Paysan, évêque d’Angers, vint au Puy en visite pastorale en 1842. Amateur des monuments historiques et habile connaisseur,il vit avec peine l’affreux badigeon dont M. Duchesne avait recouvert les murs. Il lui défendit dès lors d’y rien faire sans sa permission ; et, de son côté, il travailla activement, de concert avec M. Louvet à faire classer l’église d’une manière certaine et définitive, ce qui n’eut lieu qu’en 1846.Voici la lettre que le ministre de l’Intérieur écrivit à ce sujet à M. Allain-Targé, procureur général à Angers.

 « Paris 5 mai 1846.

« Monsieur le Procureur Général,

« Vous me faites l’honneur de me rappeler la recommandation que vous m’avez adressée en faveur de l’église du Puy Notre Dame, et vous me demandez d’accorder un secours pour la restauration de cet édifice, dont l’état réclame de promptes réparations. Par une lettre en date du 31 octobre 1845, je vous ai déjà fait connaître tout le désir que j’éprouve de répondre favorablement au vœu que vous m’aviez précédemment exprimé à cet égard.

Mais je vous informais en même temps que je ne pouvais prendre de décision sur cette demande de secours avant que le dossier de l’affaire eut été complété par l’envoi de plans et dessins. Les pièces réclamées à M. le Préfet de Maine et Loire, dès le 18 octobre, ne me sont point encore parvenues. Je ne puis donc en ce moment que classer définitivement l’église du Puy Notre Dame parmi les monuments historiques me réservant de faire instruire cette affaire, dès que les documents dont j’ai besoin m’auront été envoyés. Je ne perdrai pas de vue le vif intérêt que vous portez à cet édifice, et j’espère que l’avis de la Commission des monuments historiques me permettra de concourir à sa restauration. 

« Signé : Le Ministre de l’Intérieur »

Comme dans tous les monuments de second ordre où le gouvernement intervient de la mise de ses fonds, l’argent fut long à venir pour commencer des travaux qui étaient cependant d’une extrème urgence au point de vue de sa solidité et de la conservation de l’église.

En 1849, M. Joly, architecte du Département de Maine et Loire, vint lever le plan de l’église et l’envoya à Paris avec un devis des travaux à faire, montant à la somme de 46.000 francs. Le devis fut rejeté et réduit l’année suivante, par le même architecte, à 230.000 francs.

Alors seulement, le gouvernement accorda une subvention de 20.000 francs que M. Louvet qui dès le début s’était toujours intéressé au succès de cette affaire, annonça à M. Renou, curé du Puy, dans la lettre suivante que nous sommes heureux de pouvoir reproduire :

« Paris 14 février 1851 « Monsieur et cher Curé «

Une subvention de dix mille francs a été votée ce matin par le Comité des monuments historiques en faveur de notre église du Puy.

Semblable subvention de dix mille francs a été promise dans la même séance par M. le Directeur des cultes sur les fonds de son ministère.

Total vingt mille francs sur un devis qui s’élève, selon le rapporteur à trente mille. Mais ces vingt mille francs de subvention ne nous sont provisoirement accordés que sous la condition que les dix mille francs qui restent à faire soient fournis par la commune ou le département. « Je vais voir M. le Rapporteur et M. le Président du Comité, afin de leur démontrer de nouveau combien le Département et surtout la commune sont impuissants à faire la moindre allocation.

« Le département n’a pas de fonds libres sur son budget.

La commune est pauvre et obérée. J’ai peur d’échouer. Ce serait vraiment faire naufrage au port.

Pour m’aider à conjurer ce malheur, ne pourriez vous pas, après avoir vu le maire, m’autoriser à offrir une petite somme au nom de la commune et de la fabrique.

Saignez vous aux quatre veines, c’est le moment. Nous touchons au succès.

J’attendrai votre réponse avant de voir M.Mérimée, rapporteur, et M. de Malleville, président du Comité, qui se sont montrés très bienvaillants pour nous dans cette affaire. « Signé : Louvet »

La commune fit preuve de bonne volonté et reconnut l’urgence des travaux en votant la somme de cinq mille francs. La fabrique, qui n’avait d’autres revenus que ceux qui sont nécessaires à l’entretien du culte, donna cependant seize cents francs, provenant de l’amortissement d’une rente.

M. Louvet fournit le surplus.

Enfin, après de longs délais, on annonça, vers le mois de mars 1852, que les travaux allaient commencer prochainement. 

L’église était sauvée de la ruine 

L. Tusseau